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Dépistage organisé et baisse de la mortalité par cancer du sein ?

publié le 22 août 2011 à 02:33 par Prévention Cancers 26-07   [ mis à jour : 22 août 2011 à 02:53 ]

Un article paru dans la revue scientifique anglaise BMJ, laisse penser que ce sont bien les progrès thérapeutiques et l’efficacité accrue des systèmes de soins qui sont à l'origine de la baisse de mortalité par cancer du sein. La part du dépistage systématique jouerait un rôle mineur, ceci étant dit, se faire dépister tôt c'est aussi se faire soigner tôt, donc accéder plus tôt aux progrès thérapeutiques.

Il est intéressant de lire ce que pense l'institut de cancer de cet article concernant le dépistage organisé

Voici également l'analyse du Dr Roseline Péruchon (Journal International de Médecine)

Les décès par cancer du sein diminuent régulièrement dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest et du Nord, en Amérique du Nord et en Australie. Après plus de 20 ans de pratique de dépistages systématiques par mammographie, il est toutefois difficile de déterminer, dans cette réduction de la mortalité, la part liée à une détection plus précoce et celle qui est due à une meilleure prise en charge de la maladie. Selon certains auteurs, une participation d’au moins 70 % aux campagnes de dépistage devrait assurer une réduction de 25 % de la mortalité.

Une analyse rétrospective utilise un moyen original pour vérifier cette assertion et essayer de faire la part des choses. Les auteurs ont apparié des pays voisins ayant le même type de système de soins et de facteurs de risque, mais où la systématisation du dépistage était instituée à plusieurs années de distance. Ont été ainsi appariées l’Irlande du Nord (Royaume Uni) et la République d’Irlande, la Hollande et la Belgique, enfin la Suède et la Norvège.

De 1989 à 2006, les décès par cancer du sein ont diminué de 29 % en Irlande du Nord et de 25 % en République d’Irlande. Le dépistage systématique était institué dès les années 90 en Irlande du Nord et se maintient autour de 75 % depuis 1995, alors qu’il est mis en place seulement en 2002 en République d’Irlande, atteignant 78 % de couverture en 2008.

En Hollande, le programme de dépistage est initié dès 1989 et trouve sa vitesse de croisière, aux alentours de 79 % de couverture en 1997. Entre 1989 et 2006, les décès par cancer du sein baissent de 25 %. Dans le pays voisin, la Belgique, le dépistage était laissé à la discrétion des patientes et des médecins jusqu’en 2001et le programme mis en place ensuite atteindra un taux de participation relativement faible, de 59 % en 2005. La baisse de la mortalité par cancer y sera, entre 1989 et 2006, de 20 % en Wallonie et de 25 % en Flandres.

Enfin en Suède un programme de dépistage est institué en 1986 et atteint une couverture maximale en 1997, alors que chez les voisins Norvégiens le dépistage systématique se met en place seulement en 1996. La diminution de la mortalité sera de 16 % en Suède et de 24,1 % en Norvège.

Force est de constater qu’il existe de grandes similitudes entre pays voisins dans les taux de diminution des décès par cancer du sein, malgré des écarts importants dans les dates de mise en place des programmes de dépistage. Pour les auteurs cette inadéquation soutient l’hypothèse selon laquelle le dépistage systématique ne jouerait peut-être qu’un rôle mineur dans la baisse constatée de la mortalité par cancer du sein. Les progrès thérapeutiques et l’efficacité accrue des différents systèmes de soin sont pour eux les explications plus probables de cette baisse.

Autier P et coll.:Breast cancer mortality in neighbouring European countries with different levels of screening but similar access to treatment: trend analysis of WHO mortality database. BMJ 2011;343:d4411 doi: 10.1136/bmj.d4411. http://www.bmj.com/content/343/bmj.d4411.full.pdf