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Dépistage cancer du sein : le point 2013 sur ce que les femmes doivent savoir

publié le 25 févr. 2013 à 01:51 par Prévention Cancers 26-07
Source : Ligue Nationale du Cancer - synthèse de Françoise Pinto présidente d'Europa Donna France (association d'usagers)
22 février 2013

Dans le cadre du DIU Santé-Environnement des Universités Paris Descartes/Pierre et Marie Curie/paris Diderot, des  ateliers ouverts à tous sont organisés 4 fois/ans et sont conçus comme des travaux pratiques, dans un objectif essentiellement pédagogique, afin de rendre compte de l'état des connaissances scientifiques mais aussi de leur évaluation, voire de leur interprétation, à tous les niveaux du débat public, depuis l'alerte jusqu'à la décision.

Chacun de leur point de vue, différent, complémentaire ou divergent, des scientifiques, des praticiens, des journalistes, des représentants des patientes et des décideurs ont exposé l'actualité du sujet en le situant dans le contexte et par rapport aux  contraintes de l'information et de la décision en santé.
• Pour répondre avec des arguments validés et référencés aux incompréhensions et aux inquiétudes du public; 
• Pour fournir à ceux qui ont la responsabilité d'informer et de décider une grille de lecture adaptée aux conditions d'exercice et à l'éthique de leur métier.
En résumé, voici ce qu’il faut en retenir :
 
Gilles Haroche, Directeur du Journal International de Médecine (JIM) :
En reprenant les arguments des partisans du dépistage et les arguments des opposants (cartésiens, rationnels et empiriques), il conclut son intervention en disant : « la question de l’intérêt du dépistage est complexe, et que l’on doit considérer l’intérêt individuel par rapport à l’intérêt collectif. Opérer un cancer in situ est une chance de ne pas risquer un cancer invasif. Il faut présenter aux femmes les avantages et les inconvénients de ce dépistage pour leur permettre un choix éclairé.
 
Brigitte Séradour, Radiologue directrice d’ARCADES structure de gestion du dépistage organisé du cancer du sein :
Elle s’appuie sur l’évaluation du programme français pour répondre aux opposants sur la situation du surdiagnostic et le débat sur la réduction de la mortalité, et revient sur de nombreuses données :

Depuis le programme de dépistage organisé du cancer en France en 2004, et malgré un Dépistage Individuel estimé à environ 20%, on constate une baisse de l’incidence du cancer du sein avec une relative stabilisation depuis 2010. L’incidence des cancers des femmes de moins de 50 ans est également stable.

On assiste également à une décroissance du nombre de cancers invasifs et une baisse de la mortalité. La mesure de la réduction de la mortalité attendue grâce au dépistage est extrêmement difficile et ne peut être mesurée qu’avec un recul de 10 à 15 ans. Aujourd’hui, au travers de toutes les études récentes (indiquant de 1 à 25% de réduction de la mortalité qui ne prennent pas le même dénominateur commun : différence entre population invitée, participante ou totale…), la communauté scientifique française accepte que l’on parle d’une réduction de la mortalité de 20%.

On a moins de 10 % de dépistages positifs, entraînant moins de 0.2% de biopsies inutiles.
Le surdiagnostic est évalué à moins de 10%, au regard des cancers de bon pronostic.

Le taux de mastectomie est stable et inférieur à 25% chez les femmes de plus de 50 ans, mais en augmentation chez les femmes de moins de 50 ans.
Elle explique que les différences constatées sur les études entre les différents pays sont expliquées par des pratiques thérapeutiques différentes et des équipements médicaux moins en proximité qu’en France (pour exemple, le nombre élevé de mastectomies plus élevé en Finlande qui n’a que très peu d’établissements de soins).

On détecte 14% de cancers in situ. Si on ne peut éviter d’améliorer la détection de petits cancers, il faut éviter de surtraiter ou mieux les traiter. Entre 11 à 18% des cancers in situ évoluent en cancers invasifs, dont 50% avec des métastases ! Les chiffres de 30% de cancers in situ qui n’évolueraient pas ne reposent sur aucune preuve scientifique (pas d’étude). En anatomie pathologie, la plupart des cancers invasifs portent des caractéristiques histologiques de cancers in situ.

Polémique sur les systèmes de mammographies numériques : une alerte a été lancée en 2009 sur les appareils numériques à plaque qui « laisseraient » passer trop de cancers (certains parlent de 30% des cas des « cancers de l’intervalle »). Les plaques devraient disparaître et l’AFSSAPS et l’ANSM ont mis en place un nouveau contrôle qualité des installations que les radiologues devront avoir appliqué d’ici avril.

André Aurengo (chef de service de médecine nucléaire à la Pitié) :
Intérêt du Dépistage organisé : les bénéfices sont supérieurs aux risques grâce à un diagnostic plus précoce, prise en charge plus efficace.
Il ne faut pas confondre la mise en évidence d’un risque et sa gestion. L’objectif de la médecine n’est pas un risque nul mai la balance bénéfice/risque la plus favorable (1760 Daniel Bernoulli).
Il conclue ainsi : Aucune femme n’a intérêt à ignorer qu’elle est porteuse d’un cancer curable qui tue plus de 11000 femmes par an !
 
Françoise Pinto : présidente d’Europa Donna :
Elle défend bien entendu la position du DO qu’elle qualifie de mesure égalitaire. Les « sur-études, la sur-évaluation » sur le sujet alimentent la controverse.
Les femmes recherchent des informations claires et apaisées. Une récente enquête indique qu’elles sont prêtes à accepter les risques de surdiagnostic si on leur propose des améliorations dans la prise en charge thérapeutique.
Elles attendent que les professionnels de santé informent et partagent ces informations.
Elles ne veulent pas être otage des politiques, des polémiques et du principe de précaution (qui est un précaution de principe !).

En conclusion, Europa Donna n’a qu’un mot d’ordre et défend cette position : Mesdames, allez-y !
 
Gérard Bapt (Député de haute Garonne, à l’origine de la loi contre le Bisphénol) conclue cet atelier en disant qu’on ne voit pas aujourd’hui un acteur de la scène politique remettre en cause le dépistage du cancer du sein même sous prétexte d’économie.

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